Cycles Erratiques

Les êtres exceptionnels (2/5) : L’anonymat majoritaire

entreposé voluptueusement dans Historiettes

Jean-Michel et Martine eurent donc une descendance toute aussi exceptionnelle qu’eux-mêmes. Afin de sacrifier aux quotas ils décidèrent d’avoir un indice de 1,9 enfants (une fille et un garçon à qui il manquait les fameux 0,1), plus d’autres en réserve en cas de mort prématurée.

 

Le garçon, dénommé Robert à cause de sa prépondérance à boire de la Kanterbrau en regardant le match Sochaux-Brest  les lundi de pentecôte, était donc un des ces enfants pas tout à fait fini, à qui il manque un je-ne-sais-quoi qui fait tout.

D’un physique repoussant et d’une allure absurde à faire remonter dans notre estime les œuvres de Philippe Sollers, il semblait mal parti dans la vie. Ses caractéristiques lui valurent d’être mis au ban de la société dès son plus jeune âge. Ban qu’il écrivait « banc » sans rougir lorsqu’il s’adonnait à son hobby favori : l’écriture.

 

Non, il n’était pas un magicien des mots ni un imaginatif avant-gardiste : il était Robert et il était moitié con moitié Jean-Claude Vandamme, et c’était  juste "comme ça" depuis toujours.

Néanmoins, pour s’extirper de son fardeau existentiel, il aimait écrire.

Pas pour lui, il était analphabète ET magnanime, mais pour autrui justement. Et c’était là son caractère exceptionnel : il aimait beaucoup écrire aux gens pour leur raconter pourquoi il les détestait, ce qui clochait chez eux, et cela à cause de son amour – exceptionnel – de la mauvaise blague franche qui pique, cette exception de l'humour vache.

 

Ainsi, il rédigeait des lettres à l’endroit des personnes habitant son petit patelin, pointant leurs maux et leurs déchéances en des proses entrecoupées d’hérésies à l’égard de sa langue maternelle. Il signait ses lettres d’un « Le Corbau », parce qu’un film lui avait soufflé cette idée.

Les résidants recevaient par le facteur l’ironie de Robert. L’avocat, le mécano, la boulangère (« maman » aurait-il put l’appeler par inadvertance) et mêmes les médecins en prenaient pour leur grade.

 

« Madame la bouchaire, vos lolos son si ainormes qu’on pourrait y nourrir l’aithioppie. »

« Monsieur l’avocat, vous vous fêtes des couilles en n’or, c’est la bourse ou l’envie ? »

« Monsieur le footballeur, je vous aime. »

« Madame la postière, vous avez eu le boulot dès la naissance car votre post est rieur ! »

« Monsieur le médecin, pourriez-vous vous occuper de mes deux seins ? »

 

Et toujours « signé : le Corbau ».

 

Les habitants, excédés de ce volatile illettré, n’eurent de cesse de s’interroger sur son identité. Les soupçons pesèrent bien vite sur Robert mais, toutefois, sans preuve tangible à part son indigence orthographique.

 

Un jour qu’il allait poster ses lettres haineuses, il se fit écraser par un scooter banlieusard, échappant ses lettres et sa conscience : il s’évanouit.

 

Il se réveilla dans son lit d’hôpital, il avait mal partout, il était encore plus défiguré qu’avant (ceci démontrant que les pouvoirs de la nature n’excédent pas ceux d’un bon Piaggio) : il était chauve, cramé, il n’avait plus de dents, il était devenu sourd et muet…


Ses parents, à l’instar de la sonde anale, le visitèrent souvent. Mais une unique lettre arriva, il l’ouvrit avec son seul bras valide.

 

« Cher Robert,

Profondément intéressés à votre cause nous vous envoyons l’expression de notre  profond mépris, et ceci pour la dernière fois car les apothicaires nous ont promis votre retour imminent à la terre où votre âme de fleuriste ébréché aura tout le loisir de manger les pissenlits par la racine.

 

En effet vous devinez qui vous écrit, du moins vous l’avez sur le bout de la langue qui ne vous sert plus que de grappin à bouffe. Depuis votre récente surdité vous n’entendez pas vous en laisser conter pas vrai ? Vous êtes à un cheveu de trouver ! Mais un cheveu pour un chauve, c’est loin… Ne vous inquiétez pas de ne pas comprendre, cher con, nous sommes au courant de votre perte dentaire mais rassurez-vous : nous rions jaune pour vous.

Nous vous laissons donc reposer en pet, car c’est de gaz hilarant que votre situation nous emplit.

 

Signé : La Faurêt »

 




18:06 - 12/01/2008 - poster commentaire

Lupus ex machina

La saga des êtres excpetionnels ne devait pas avoir lieu, il s'agissait d'un délire trébuchant.

Néanmoins, pour faire plaisir à Lupusdei, j'ai continué.
Et puis si cela plaît, pourquoi ne pas encore avancer cette idée de famille exceptionnellement "normale" ?

On verra l'avis des lecteurs !

nox - 23:38 - 14/08/2007

tu sais quoi?

De ce que j'ai lu, il y a toujours cette marche pétée où le lecteur met le pied sans le moindre soupçon. Et la fin de tes histoires, c'est toujours le bas d'une robe de princesse: evasé, tentant et dangereux.
Sur ce, bonne continuation Nox.

17h27 - 00:33 - 15/08/2007

P'tain

Eh beh 17H27, t'as le don de faire des commentaires en forme de compliments peu perméables à mon entente. Tu connais pourtant mon attrait pour la simplicité (d'esprit uniquement) !

Sur ce, il ne me reste qu'à te remercier en comptant te relire très bientôt.

nox - 00:41 - 15/08/2007

alors moi je dis : camembert l'artiste !

Tes métaphores se succèdent savoureuses comme le camembert coulant du bec du corbeau.
Et je reste pensive quant à la scène des notables (sortant de la messe ?) penchés tels de grands hêtres sur l'asphalte, trouvant la dépouille de leur animal familier au milieu de ses plumes (lettres).
je suis aware à ta misanthropie, nox ;) "dans ce jeu de 7 familles, je demande..."
- tu pioches, nox, ne nous fais pas languir :P

lupusdei - 13:38 - 15/08/2007

Oh la vache !

Je comptais justement me servir ed la tirade "dans la famille exceptionnelle je voudrais... L'enterré vivant !
- Pioche..."

Bah du coup je vais devoir penser à un autre stratagème...

Et puis, même si les idées dan la musette sont encore là, y va me falloir un poil de temps peut-être (retour de l'être chéri demain, donc ménage impératif + un mémoire de recherche à rédiger ce qui est très très chiant surtout qu'ils n'aiment pas mes métaphores eux...)

Donc, on va voir quand le prochain opus montrera le bout de sa plume !

hihihi, à bientouche !

nox - 13:46 - 15/08/2007

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Mode de non emploi :
Ecritures basées sur l'essai et l'exercice, absurdes, ironiques et très souvent issues de l'aléatorisation idéative. Touchant à la SFF, mais aussi à des genres plus communs, tant que ça reste ironique...


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