Cycles Erratiques

Clairvoyance discriminatoire

entreposé voluptueusement dans Historiettes


-     Z’avez vu M. Nox ? Z’avez un nouveau voisin, me dit le boucher en continuant de laisser traîner son doigt adipeux sur la balance.

Je fis mine de ne rien voir, et dis d’un air négligeant :

-         ah…

-         Bah oui, reprit-il sans se démonter, et ça va pas vous changer de l’ancien, c’est encore un bic... Un étranger quoi…

Je dessine une moue, visant à faire comprendre au vendeur malhonnête de steak que je ne suis pas du même bord politique que lui, afin qu’il cesse de me rabattre les esgourdes de sa plaidoirie chauvine.

La monnaie, un « à la prochaine » et je retournai à mon logis.

 

Cela faisait deux semaines qu’Ahmed était parti. Il était sympa Ahmed, parfois on prenait l’apéro en rigolant. C’était un religieux adapté, un « musulman pratiquement » : il buvait, mais pas trop, jamais au-dessus du verre.

Je rentrai et constatai que oui : une petite famille venait de s’installer dans l’ancien appartement d’Ahmed. L’homme, la femme et un enfant en bas âge avaient investis l’appartement d’à côté, ils étaient étrangers en effet : des algériens, ou des marocains, de quelque part par là bas, où je n’ai jamais foutu les pieds.

Ils m’avaient l’air sympathiques.

 

Tous les soirs, j’entendais crier, ou en tout cas parler fort, dans cette langue que je ne comprends pas. J’étais interloqué, et un peu inquiet.

Une de mes voisines, à qui je confiai cet étrange fait, se moqua de moi et de mon indigence.

-         Chez les musulmans, la prière c’est 5 fois par jour ! Et à Dieu (enfin Allah j’imagine), on ne lui chuchote pas, on lui parle, pour de vrai… Tu n’es pas trop tolérant malgré tes grands airs, se moqua-t-elle gentiment.

 

Etais-je raciste malgré moi ?

 

Le soir même, j’écoutai. Je m’imaginai le fervent voisin, contemplatif en train d’exprimer son transport à son dieu. Béat et heureux, en harmonie, comme seuls les tenants et les alcooliques semblent capables de l’être. J’avais à mon coté un porteur de foi, un gentilhomme.

Et puis…

Je me questionnai.

Dieu semblait lui répondre… Avec une voix de femme, qui criait elle aussi, des bruits, du verre qui se casse. Je ne dis rien, peut-être m’imaginai-je encore tout cela sous je joug d’un racisme larvé, tout cela ne prouvait rien, même les pleurs peuvent être le fruit d’une dévotion…

 

Le lendemain, j’entrevis la femme. Elle avait le visage tuméfié et l’air malheureux : son bambin ne cessait de pleurer et elle y semblait presque indifférente.

Je compris à ce moment que j’avais bel et bien fait preuve de racisme.

Le racisme, c’est de ne pas traiter autrui (même au sens groupal) comme nous. Si j’avais entendu pareils sons en provenance de l’appartement d’un français de type caucasien, je n’aurais pas hésité une seconde à toquer pour m’interposer au conflit, mais là, la peur d’être traité de raciste avait été la plus forte. Même le racisme dit « positif » est une forme de discrimination, de traitement différent, une égide de la non égalité.

Cet homme, comme tant d’autres, religieux ou non, étranger dans ce pays ou non, avait un vice qu’il fallait dénoncer et ne pas accepter par peur de se faire étiqueter de raciste, car ce n’en est pas.

 

Cela fait deux semaines qu’ils sont partis. Leur mine semblait grise, je ne sais pas où ils allaient. La femme me fit l’effort d’un sourire lorsque son mari détourna les yeux. Je le lui rendis, en espérant qu’elle y voie un soupçon d’espoir.

 

Une jeune étudiante chinoise a pris leur place. J’ai une nouvelle fois fait preuve de discrimination : je l’ai aidé à emménager et lui ai proposé de boire le thé chez moi. Il est vrai que je ne l’aurai pas fait avec un homme de type caucasien…

Que voulez-vous, l’atavisme me pousse parfois à la discrimination positive concernant les femmes…

 

 

14:59 - 12/03/2008

...

Salut à toi! J\'aime beaucoup la façon dont ce texte est écrit et le fond... J'aimerais bien pouvoir illustrer mes pensées de la sorte.

MALPRACTICE - 19:48 - 12/03/2008

ouais...

moi aussi, j'aime bien.

BizigDu - 20:14 - 12/03/2008

pourtant...

... Il manque un truc nan ?
Je le sens pas accompli ce bidule, bah il a été écrit en 10 minutes je sais, mais quand même !
C'est comme si je bouffais un caramel en basse teneur en sucre : y manque quelque chose, c'est pas assez clair...

(en plus y a des lourdeurs, pfiou... Honteux pour un si petit texte)

Sinon, l'idée me plaît : en psycho sociale on a fait des expé qui montrent combien les gens ne veulent pas être "racistes" et se retrouvent à traiter quand même différemment les gens issus de l'immigration (même en bien !). Alors que le but est de ne plus voir de différence : être égalitaire...

nox - 20:54 - 12/03/2008

La fausseté

Devenir lâche par la lacheté des utilisateurs des lois contre le racisme et l'extrèmisme dont il se servent pour abandonner toute vélléité de franchise face à la connerie. Le premier combat est et sera toujours contre la connerie et ne pas la capter quand elle se sert des choses les plus honnêtes et sincères c'est abdiquer et s'arranger avec sa conscience pour comprendre et accepter que l'on est pas infaillible en face d'un combat dont les dés sont pipés ! Le racisme n'a pas pire ennemi que son utilisation complètement déguisé jetant de la poudre aux yeux pour être encore plus insidieux ! J'en ai marre d'entendre parler de racisme et si on commençait à parler des réalités sociologiques qui génèrent toutes les exactions de la nature humaine. Le racisme n'existe plus vraiment, il est devenu outil pour imposer certaines choses mais le véritable combat est contre la connerie imposée par l'éducation et la connerie de vouloir en profiter ! Je dois pas être clair une fois encore mais j'en ai assez d'entendre et de voir tout un chacun qui manie la langue de bois pour excuser, tolérer, se taire, encourager en se prétextant d'avoir la meilleure façon de voir les choses ! Pour moi une chose me paraît simplement recevable. Comprendre mais dans la limite du respect d'autrui et ne plus comprendre donc ne plus accepter les nuisances d'où quelles viennent pour chacun même sous le masque de la victime Il est est des victimes criminelles !!!!. Aller on va dire que je suis un réac !

Oh là j'ai la tête mélangée avec la langue mais bon c'est sorti tel quel !

Edité par DUMIS le 12/03/2008 à 23:20

DUMIS - 21:11 - 12/03/2008

ouhla

Tout ce que je voulais montrer, c'est que, sur un sujet tendancieux (le racisme) on peut se croire à l'abri (obéir à une norme de discrimination positive, se proclamer "non raciste") en ayant des attitudes qui sont, en réalité, biaisée par rapport au but recherché (l'égalité).

La recherche d'une vision égalitaire est importante : on n'octroie pas à un groupe ce qu'on donnerait pas à un autre.
Traiter autrui de mauvaise manière (sobriquet, insulte etc.) parce qu'il est étranger, ce n'est pas si différent et acceptable que de le traiter mieux s'il est l'auteur d'un comportement non normatif (battre sa femme ici).
Il faut tolérer la distance culturelle, la rechercher même, mais aussi prendre garde aux dérives (à force de renforcer la norme de discrimination positive sur des choses futiles, on fait croire aux gens que "les étrangers sont différents", on attise des haines...).
Il faut trouver le juste milieu, la bonne mesure, pour que le temps, la pédagogie et la tolérance deviennent une solution réalisable et qu'on arrive à l'égalité...

Il ne faut pas lutter contre un groupe définit (racistes ou étrangers ou les dicriminants positifs) mais bien contre des flux sociétaux biaisés, médiatisés à outrance, qui se meuvent en norme...

Moi non plus, je ne suis pas très clair. Ce sera l'occasion de faire un billet sur mon autre blog, Tea & Science...

nox - 23:31 - 12/03/2008

Blablablabla.....

En résumé : La connerie... Et là je suis encore....

DUMIS - 23:45 - 12/03/2008

ça pour du résumé...

... C'est du résumé ! :)
La connerie a au moins un avantage, en terme de concept à annihiler : tout le monde est d'accord pour dire "mort aux cons" mais personne ne veut se suicider, étrange, non ?

Pas sûr qu'on soit sur la même longueur d'ondes sur ce sujet Dumis...

nox - 23:48 - 12/03/2008

Logique

Instinct de conservation oblige !
Il n'y a pas d'histoire de longueur d'onde ! Simplement l'envie de croire en la vie alors qu'on sait qu'on ne la conserveras pas. Alors on se raconte des histoires et on croit au pouvoir ou en un dieu pour essayer de satisfaire ses plaisirs et se dire que oui on vit et c'est bien de s'oublier dans le pouvoir et la jouissance. En réalité qui a raison puisque tous nous avons la même destination et comme dirait Maxime Le Forestier l'idée c'est de l'oublier.
Inutile de se la raconter par rapport à autrui, il n'y a que deux choix accepter ou pas par rapport à nos confrontations... Désolé d'être lucide...

Edité par DUMIS le 13/03/2008 à 00:10

DUMIS - 00:06 - 13/03/2008

Pour ma part...

...J'ai toujours fuit les gens qui disaient avoir trouvé pour me rapprocher de ceux qui cherchent toujours.
On pourrait voir ta "lucidité" comme ton propre témoignage de la peur qui t'habite : être sûr te rassure aussi ?

Il me semble que de grandes qualités de l'homme, sont de pouvoir se critiquer, se perfectionner, changer et de pouvoir nuancer son jugement.
Par malheur, il a aussi hérité de la trouille, de croyances aveugles et de catégorisations sourdes à tout argument...

Histoire de choix, histoire de vie, on appréhende ça comme on veut...

nox - 08:07 - 13/03/2008

Faillabilité

Je n'ai rien trouver Noxi, je me contente de chercher des solutions par rapport aux évènements et aux gens quand ils se présentent à moi. Je n'ai peur de pas grand chose, si des araignées ! Pouah !!!!!
Pour les certitudes chacun à les siennes puisqu'elle ne peuvent être que personnelles et aucune n'est plus valable qu'une autre après chacun s'adapte ou pas à celles d'autrui....

Edité par DUMIS le 15/03/2008 à 20:59

DUMIS - 11:57 - 13/03/2008

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Mode de non emploi :
Ecritures basées sur l'essai et l'exercice, absurdes, ironiques et très souvent issues de l'aléatorisation idéative. Touchant à la SFF, mais aussi à des genres plus communs, tant que ça reste ironique...


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